Changer de syndic sans faux pas : les délais, majorités et pièges de la mise en concurrence
Changer de syndic se prépare avant l’assemblée générale, idéalement quand le mandat arrive à son terme. La mise en concurrence consiste à présenter plusieurs projets de contrat aux copropriétaires pour qu’ils comparent les honoraires, les prestations et les conditions de gestion avant de voter. La démarche évite une transition improvisée et réduit le risque de contestation.
Ce que recouvre vraiment la mise en concurrence du syndic
La mise en concurrence du syndic n’est pas un simple échange d’avis entre copropriétaires. Elle suppose de réunir plusieurs projets de contrat de syndic, en principe au moins deux, puis de les soumettre à l’assemblée générale. Chaque proposition doit être assez complète pour permettre un choix éclairé : contrat conforme au contrat-type, fiche d’information sur le prix et les prestations, durée du mandat, modalités de gestion courante et prestations particulières.

Le cadre juridique s’appuie sur la loi du 10 juillet 1965, avec des évolutions issues de la loi ALUR du 24 mars 2014, de la loi Macron du 6 août 2015 et de l’ordonnance du 30 octobre 2019. L’objectif reste simple : éviter que le renouvellement du syndic sortant soit voté par défaut, faute d’alternative préparée.
Le mandat d’un syndic ne peut pas dépasser 3 ans. Quand la copropriété envisage un changement, l’assemblée générale doit être organisée avant l’expiration du mandat en cours pour éviter toute vacance de gestion. En cas de non-renouvellement à l’échéance, le syndic sortant ne perçoit pas d’indemnité particulière.
Qui lance la procédure et à quel moment agir ?
Le rôle central du conseil syndical
Dans la plupart des copropriétés, le conseil syndical pilote la recherche de nouveaux syndics. Il interroge plusieurs candidats, rassemble les propositions, vérifie la présence des documents utiles et prépare la comparaison avant l’assemblée générale. Cette mission demande de la rigueur, car une offre attractive peut cacher des prestations particulières coûteuses ou un niveau de disponibilité insuffisant. Pour aller plus loin, voir « Syndics de copropriété ».
La mise en concurrence s’anticipe généralement dans les 3 mois précédant la fin du contrat. Ce délai laisse le temps de consulter plusieurs professionnels, d’analyser les contrats et de transmettre les éléments avant l’envoi de la convocation.
Tout copropriétaire peut proposer un contrat
Le conseil syndical n’a pas le monopole de l’initiative. Un copropriétaire peut aussi demander l’inscription d’un projet de contrat de syndic à l’ordre du jour. Pour sécuriser la démarche, il doit adresser sa demande au syndic actuel par lettre recommandée avec accusé de réception, avec le projet de résolution et les pièces à annexer.
Il vaut mieux envoyer cette demande au moins 2 mois avant l’assemblée générale, pour laisser au syndic le temps matériel d’intégrer la question dans la convocation. Celle-ci doit parvenir aux copropriétaires au moins 21 jours avant l’assemblée générale, sauf situation particulière prévue par les textes.
Les étapes concrètes pour faire voter le changement
| Étape | Responsable principal | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Rechercher plusieurs contrats | Conseil syndical ou copropriétaire | Comparer des contrats complets et conformes au contrat-type |
| Demander l’inscription à l’ordre du jour | Copropriétaire ou conseil syndical | Envoyer les pièces par lettre recommandée avec AR |
| Convoquer l’assemblée générale | Syndic en place | Respecter le délai de 21 jours avant l’AG |
| Voter sur chaque candidature | Copropriétaires réunis en AG | Appliquer les règles de majorité de l’article 25 puis, si possible, de l’article 24 |
| Organiser la transition | Syndic sortant et nouveau syndic | Prévoir la transmission des archives et des fonds |
La convocation doit présenter clairement les candidatures. Les copropriétaires votent successivement sur chaque contrat inscrit à l’ordre du jour. Si un nouveau syndic est élu, son contrat prend effet à la date fixée par l’assemblée générale, mais au plus tôt 1 jour franc après la tenue de l’assemblée générale.
Il est utile de lire les contrats comme on lit une relation de gestion. Un prix ne dit pas tout. Les clauses indiquent aussi la manière dont le syndic communiquera, facturera les demandes exceptionnelles, suivra les impayés ou accompagnera les travaux. Deux offres proches sur le montant peuvent produire des résultats très différents si l’une détaille les visites d’immeuble, les horaires de disponibilité et les frais annexes, tandis que l’autre reste vague. Cette lecture évite de choisir un syndic sur la seule ligne des honoraires.
Majorités de vote : article 25, passerelle et article 24
La désignation du syndic se vote à la majorité absolue de l’article 25, c’est-à-dire la majorité des voix de tous les copropriétaires, présents, représentés ou absents. Cette règle explique pourquoi une assemblée générale peu mobilisée peut compliquer le changement, même si les présents sont favorables.

Si aucune candidature n’obtient cette majorité, un second vote peut parfois être organisé immédiatement. Il faut pour cela qu’un projet ait recueilli au moins 1/3 des voix de tous les copropriétaires. L’assemblée peut alors revoter à la majorité simple de l’article 24, calculée sur les voix des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance.
Ce mécanisme, souvent appelé passerelle, doit être anticipé dans la conduite de l’assemblée. Le président de séance et le syndic doivent veiller à faire voter les candidatures dans des conditions lisibles, afin que le procès-verbal retrace correctement les résultats et la majorité appliquée.
Dispenses, révocation anticipée et risques de contestation
La mise en concurrence connaît des assouplissements. L’assemblée générale peut décider de dispenser le conseil syndical de cette obligation. Elle n’a pas la même portée lorsqu’il n’existe pas de conseil syndical dans la copropriété. Ces situations ne doivent pas servir de prétexte à une décision opaque : plus le choix est documenté, plus il sera accepté par les copropriétaires.
La Cour de cassation l’a confirmé le 21 septembre 2022, le non-respect de l’obligation de mise en concurrence n’entraîne pas automatiquement la nullité de la décision de désignation du syndic. Cela ne signifie pas qu’il faut négliger la procédure : une convocation imprécise, des documents manquants ou une question absente de l’ordre du jour peuvent nourrir une contestation.
Changer de syndic avant la fin du mandat reste possible, mais la logique est différente. Il ne s’agit plus d’un simple non-renouvellement : il faut envisager une révocation anticipée, en présence d’une faute grave ou d’un manquement suffisamment caractérisé. Une révocation abusive peut exposer la copropriété à un conflit avec le syndic sortant.
Après le vote, la continuité de gestion reste prioritaire. Le syndic sortant doit transmettre les archives, les documents comptables et les fonds au successeur dans les délais applicables, notamment 15 jours puis 1 mois selon la nature des éléments à remettre. C’est souvent cette phase, plus administrative que spectaculaire, qui conditionne la réussite réelle du changement.











