Loyer impayé : relance, commandement de payer et expulsion, les recours du bailleur
Face à un loyer impayé, le bailleur doit agir vite et dans le bon ordre. L’enjeu est simple : récupérer la dette sans fragiliser la procédure, ni perdre du temps sur une démarche mal formée.
Dès le premier retard : vérifier, contacter, tracer
Un impayé peut venir d’un oubli, d’un incident bancaire, d’une baisse de revenus ou d’un désaccord sur les charges locatives. Le premier réflexe consiste à vérifier le bail, le montant exact de la dette, les quittances déjà émises et les paiements partiels éventuels. Cette vérification évite de réclamer une somme erronée, ce qui compliquerait la suite.
Relancer sans attendre, mais par écrit
Un appel ou un message peut débloquer la situation, mais il doit être suivi d’une trace écrite : courriel, courrier simple, puis lettre recommandée avec accusé de réception si le silence continue. La relance doit rappeler le montant dû, la période concernée, les coordonnées de paiement et un délai raisonnable pour régulariser.
Proposer un accord amiable utile
Lorsque le locataire reconnaît sa dette mais ne peut pas payer tout de suite, un plan d’apurement signé peut éviter l’escalade. Il précise les mensualités de remboursement, la date de reprise du loyer courant et les conséquences en cas de non-respect. Pour le bailleur, cet écrit prouve la réalité de la dette et la tentative de solution amiable.
Un échéancier doit rester réaliste. S’il est trop ambitieux, il échoue rapidement et oblige à repartir de zéro. Mieux vaut un calendrier plus souple, mais tenable, qu’un accord théorique qui ne survit pas à deux échéances.
Les recours amiables à mobiliser avant le contentieux
Avant de saisir le juge, le bailleur peut activer plusieurs leviers selon la situation du locataire et les garanties prévues au bail. Ces démarches ne servent pas seulement à temporiser. Elles montrent aussi que le propriétaire a cherché une issue proportionnée.

Solliciter la caution ou la garantie prévue
Si une caution personne physique existe, elle peut être appelée à payer selon les termes de son engagement. En présence d’un dispositif comme Visale ou d’une assurance loyers impayés, le bailleur doit respecter les délais et modalités de déclaration prévus au contrat. Un signalement tardif peut réduire, voire compromettre, la prise en charge. Pour aller plus loin, voir « Encadrement des loyers à Paris ».
Alerter les organismes concernés
Lorsque le locataire perçoit une aide au logement, le bailleur peut signaler l’impayé à la CAF ou à la MSA. Selon les cas, un accompagnement peut être proposé, avec l’intervention d’un travailleur social, du FSL ou d’un conseiller habitat. L’ADIL et le service SOS loyers impayés peuvent aussi orienter les parties sur les démarches possibles.
Recourir à un conciliateur de justice
Le conciliateur de justice peut aider à formaliser un accord gratuit entre bailleur et locataire. Pour certains litiges inférieurs à 5 000 €, une tentative de règlement amiable peut être requise avant la saisine du tribunal, sauf exceptions. Même lorsqu’elle n’est pas obligatoire, la conciliation peut éviter une procédure longue et coûteuse.
Cette phase amiable a un autre intérêt : elle fixe des traces utiles si le dossier doit aller plus loin. Courriers, échanges et accords écrits montrent ce qui a été proposé, accepté ou refusé. En pratique, la qualité du dossier se construit dès ce moment-là.
Quand passer à la procédure : mise en demeure et commandement de payer
Si les relances échouent, le bailleur entre dans une phase précontentieuse plus formelle. La mise en demeure demande officiellement au locataire de payer sous un délai déterminé. Elle doit rester précise : identité des parties, logement concerné, détail des loyers et charges impayés, rappel du bail et demande de régularisation.
Le rôle du commissaire de justice
Lorsque le bail contient une clause résolutoire, le bailleur peut demander à un commissaire de justice de délivrer un commandement de payer. Ce document vise les sommes dues et informe le locataire des conséquences possibles. Depuis la loi du 29 juillet 2023, le locataire dispose en principe de 6 semaines pour régler la dette ou saisir le juge afin de demander des délais. Le détail est expliqué dans « Charges de copropriété impayées ».
Si la dette n’est pas régularisée
À défaut de paiement dans le délai, le bailleur peut faire assigner le locataire devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire. L’assignation doit être délivrée par commissaire de justice et respecter les formalités nécessaires, notamment la transmission permettant l’établissement d’un diagnostic social et financier dans les situations prévues.
| Étape | Acteur principal | But |
|---|---|---|
| Relance écrite | Bailleur | Obtenir un paiement ou un accord |
| Mise en demeure | Bailleur | Formaliser la demande de paiement |
| Commandement de payer | Commissaire de justice | Déclencher le délai légal |
| Assignation | Commissaire de justice | Saisir le juge |
Ce que le juge peut décider
Le juge ne prononce pas automatiquement l’expulsion. Il examine la dette, la situation du locataire, les efforts de paiement et les demandes du bailleur. Le propriétaire peut réclamer le paiement des arriérés, la résiliation du bail, l’expulsion et, le cas échéant, une indemnité d’occupation.

Délais de paiement et maintien dans les lieux
Le juge peut accorder des délais de paiement, dans la limite de 3 ans maximum, si la situation le justifie. Il peut aussi suspendre les effets de la clause résolutoire : si le locataire respecte l’échéancier, le bail peut se poursuivre. En revanche, si le calendrier n’est pas respecté, la décision reprend ses effets.
Résiliation du bail et indemnité d’occupation
Si le bail est résilié, le locataire devient occupant sans droit ni titre. Il ne doit plus un loyer au sens strict, mais une indemnité d’occupation, souvent fixée au niveau du loyer et des charges. Cette somme compense l’occupation du logement jusqu’au départ effectif.
Expulsion : délais, limites et erreurs à éviter
Après une décision d’expulsion, un commissaire de justice signifie un commandement de quitter les lieux. Le locataire dispose généralement de 2 mois avant que l’expulsion puisse être poursuivie, sauf décision particulière. Si l’occupant ne part pas, le commissaire de justice peut demander le concours de la force publique auprès de la préfecture.
La trêve hivernale et les horaires d’intervention
La trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, suspend en principe les expulsions, sauf exceptions. En dehors de cette période, une expulsion ne peut pas être réalisée n’importe quand. Les interventions sont encadrées, notamment entre 6 h et 21 h.
Ne jamais expulser soi-même
Changer les serrures, couper l’eau, retirer les meubles ou entrer de force dans le logement expose le bailleur à de lourdes sanctions. L’expulsion illégale peut être punie de 3 ans de prison et de 30 000 euros d’amende. Même en cas de dette importante, le recours au commissaire de justice et au juge reste indispensable.
Le bon réflexe consiste donc à documenter chaque étape, conserver les courriers, relevés, échanges et justificatifs, puis prendre conseil auprès d’un professionnel lorsque la dette s’installe. En matière de loyer impayé, les recours du bailleur existent réellement, mais leur efficacité dépend surtout du respect de la chronologie et des formes juridiques. Sur ce sujet précis, voir « Gestion locative pour un bailleur ».











