Copropriété, charges et gestion locative Écrire à la rédaction

1 mois, 2 mois, 20 % : ce que le bailleur peut vraiment retenir sur le dépôt de garantie

Assemblée et syndic Par Damien Rouault Mis à jour le 26 octobre 2026
1 mois, 2 mois, 20 %

Le dépôt de garantie sert à couvrir certains impayés ou des dégradations constatées au départ du locataire. Son montant est encadré, les retenues doivent être justifiées et la restitution suit des délais précis.

Ce que couvre vraiment le dépôt de garantie

Le dépôt de garantie est une somme versée par le locataire, le plus souvent à la signature du bail, puis encaissée par le propriétaire ou son mandataire. Elle peut servir à couvrir des loyers impayés, des charges récupérables non réglées, des réparations locatives ou des dégradations imputables au locataire.

Il faut le distinguer de la caution. Dans le langage courant, on dit souvent “payer la caution”, mais juridiquement la caution désigne une personne ou un organisme qui se porte garant du locataire. Le dépôt de garantie, lui, est une somme d’argent restituable en fin de location.

Son rôle reste limité. Il ne finance pas une remise à neuf du logement et ne compense pas l’usure normale. La comparaison entre l’état des lieux d’entrée et l’état des lieux de sortie reste la pièce centrale pour savoir ce qui peut être imputé au locataire.

Montant légal : ce que le bailleur peut demander selon le bail

Le montant maximal dépend du type de location. Il doit être prévu dans le contrat de bail et ne peut pas être augmenté en cours de bail, même si le loyer est révisé.

Main tenant des clés de logement dans un appartement moderne, symbole de la location
Type de location Montant maximal du dépôt de garantie
Logement vide 1 mois de loyer hors charges
Logement meublé 2 mois de loyer hors charges
Bail mobilité Aucun dépôt de garantie ne peut être exigé

Le dépôt de garantie ne doit pas être confondu avec le premier mois de loyer, les frais d’agence ou une avance sur charges. Si le bail prévoit un montant supérieur au plafond applicable, le locataire peut demander la restitution du trop-versé. Le détail est expliqué dans « Régularisation des charges locatives ».

Dans une colocation, le bail peut prévoir un dépôt global ou une quote-part par colocataire. Le point sensible se situe souvent au départ d’un seul colocataire. Sauf clause spécifique ou accord entre les parties, le bailleur n’est pas toujours tenu de restituer immédiatement sa part si le bail se poursuit avec les autres occupants.

Retenues autorisées : impayés, dégâts et charges, mais avec preuves

Le propriétaire peut retenir tout ou partie du dépôt de garantie uniquement si la somme correspond à une dette réelle du locataire. Une retenue forfaitaire, sans explication ni document, reste contestable.

Les motifs généralement admis

Les retenues les plus fréquentes concernent les loyers impayés, les charges récupérables, les réparations locatives non effectuées ou les dégradations visibles lors de l’état des lieux de sortie. Par exemple, un trou important dans une porte, une vitre cassée ou un équipement manquant peuvent justifier une retenue si ces éléments n’étaient pas signalés à l’entrée.

En immeuble collectif, une retenue provisoire peut aussi être pratiquée lorsque les charges ne sont pas encore définitivement arrêtées. Elle est alors plafonnée à 20 % du dépôt de garantie dans l’attente de la régularisation annuelle des charges et de l’approbation des comptes.

Ce qui ne peut pas être facturé au locataire

La vétusté reste à la charge du propriétaire. Une peinture défraîchie après plusieurs années d’occupation normale, un sol usé par le temps ou un équipement arrivé en fin de vie ne peuvent pas être facturés comme s’ils étaient neufs. La difficulté consiste à distinguer l’usure normale d’une dégradation. Une grille de vétusté annexée au bail peut aider, mais elle ne remplace pas l’analyse concrète de l’état du logement.

Le dépôt de garantie ne doit pas devenir une réserve de trésorerie pour le bailleur, ni un filet de sécurité vague où l’on puise “au cas où”. Pour éviter cette dérive, chaque somme retenue doit être rattachée à une cause précise, datée et vérifiable : une facture de réparation, un devis cohérent, un décompte de charges, une comparaison photo entre l’entrée et la sortie. Cette discipline transforme une impression de dégradation en dossier défendable.

Justificatifs et état des lieux : le cœur de la restitution

Pour retenir une somme, le bailleur doit pouvoir produire des justificatifs. Il peut s’agir d’une facture, d’un devis, d’un état des lieux comparatif, d’un décompte de charges ou d’un courrier rappelant des loyers impayés. Le montant retenu doit rester proportionné au préjudice réel.

Couple heureux dansant dans un nouveau logement encombré de cartons

L’état des lieux d’entrée et celui de sortie sont essentiels. S’ils montrent une différence imputable au locataire, la retenue peut être discutée sur des bases concrètes. À l’inverse, si aucune dégradation nouvelle n’apparaît, le dépôt doit être rendu dans le délai le plus court.

Lorsque l’état des lieux de sortie n’est pas contradictoire ou qu’il n’existe pas, la retenue devient très difficile à justifier. En pratique, le propriétaire ne peut pas simplement affirmer que le logement était dégradé : il doit établir la réalité des dommages et leur lien avec l’occupation du locataire.

Délais de restitution et recours en cas de blocage

Le délai de restitution commence à courir à partir de la remise des clés. Le locataire a intérêt à communiquer sa nouvelle adresse par écrit afin d’éviter toute contestation sur l’envoi du solde.

  • 1 mois si l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée.
  • 2 mois si des différences justifient des retenues.
  • 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard commencé peuvent être dus en cas de restitution tardive, lorsque les conditions sont réunies.

Si le bailleur ne restitue pas le dépôt ou retient une somme injustifiée, la première étape consiste à demander les justificatifs par écrit. En l’absence de réponse satisfaisante, le locataire peut envoyer une mise en demeure en rappelant le montant réclamé, la date de remise des clés et les délais applicables.

Si le désaccord persiste, il est possible de saisir la Commission départementale de conciliation, solution souvent utile avant une procédure judiciaire. En dernier recours, le litige peut être porté devant le tribunal compétent. Pour un bailleur comme pour un locataire, le meilleur réflexe reste de conserver tous les documents : bail, états des lieux, photos datées, échanges écrits, quittances, factures et décomptes de charges. La question est traitée à part : « Gestion locative pour un bailleur ».